
Narcisse et l’estime de soi
Je manque de confiance en moi. Cette phrase, je l’entends souvent.
Se sentir en paix avec soi-même, oser s’affirmer et avancer avec confiance et sérénité sont des aspirations légitimes pour une vie épanouie. Pourtant, le doute, la peur du jugement ou le sentiment de ne pas être à la hauteur peuvent freiner bien des élans au quotidien. La confiance en soi et l’estime de soi sont deux piliers indissociables : l’une permet d’agir, l’autre de s’estimer soi-même et ensemble, elles tracent le chemin vers une vie plus satisfaisante.
Dans la mythologie grecque, Narcisse, né de l’union du fleuve Céphise et de la nymphe Liriopé, était un jeune homme d’une beauté exceptionnelle. Dès sa naissance, Liriopé inquiète du destin de son enfant rendit visite au devin Tirésias, celui ci consultant ses oracles, lui répondit en ces mots : « Il atteindra la vieillesse s’il ne se connaît pas. » (v. 348)
Les parents interprétèrent ainsi l’augure : il fallait préserver Narcisse de ce sort funeste en lui épargnant de découvrir son reflet, lui assurant de mener une existence longue et heureuse, ils ôtèrent donc de la demeure ou Narcisse grandit, tous miroirs.
Alors qu’il atteignait l’âge adulte, la beauté de Narcisse devint si éclatante qu’elle attirait l’admiration de tous, hommes & femmes, tous tombaient amoureux de lui.
Parmi ces personnes, se trouvait la nymphe Écho, laquelle avait eu une liaison avec Jupiter. Junon la châtia en conséquence en la condamnant à ne plus pouvoir parler que par la répétition infinie des dernières syllabes des paroles qui lui étaient adressées. Narcisse, lui, en revanche, n’avait cure du chant de ces sirènes, éperdument fous et folles de lui.
Un jour, en revenant de la chasse, Narcisse s’arrêta à une fontaine pour se rafraichir et boire. En se penchant sur l’eau, il vit apparaitre soudain un visage dont il tomba aussitôt éperdument amoureux. Incapable de reconnaître son propre reflet, jamais confronté à son image, si ce n’est dans le regard de ses parents,
Captivé par ce qu’il ignore être une illusion, il resta en arrêt, figé devant son reflet de peur de troubler ce qu’il voit, si bien qu’il finit par mourir de faim et de soif au bout de quelques jours. (Vivre d’amour et d’eau fraiche).
Extrait marquant métamorphoses d’Ovide (v. 416–424, traduction) :
« Il admire tout ce qu’il voit : ses yeux, semblables à des étoiles, ses cheveux dignes de Bacchus ou d’Apollon, ses joues douces, son cou d’ivoire, sa bouche charmante, son teint rosé mêlé de blanc. Il admire tout, et, sans le savoir, il s’admire lui-même ; il est à la fois l’amant et l’objet aimé. »
Dans l’esprit collectif, le narcissisme est souvent assimilé à un amour excessif de soi, avec en partenaire, Echo, condamnée à l’invisibilité, car Narcisse captivé par son propre reflet, ne peut ni la voir, ni l’aimer en retour. Les partenaires des Narcisse se meurent d’amour car non aimé(e)s par réciprocité.
Le mot narcissisme véhicule une image négative, voire sulfureuse : il se retrouve associé aussi bien à un trouble de la personnalité qu’à la figure du pervers narcissique, un terme largement popularisé dans le langage courant.
Des aspects de la psychothérapie, trois narcissismes s’imbriquent comme des poupées russes. Le premier : sain est un aspect fondamental de la construction de chaque individu, avec un rôle que l’on devine central par l’acquisition de l’estime de soi, l’autonomie, l’assurance, la confiance d’entreprendre et la possibilité d’investir la confiance de nouveaux objets (autre que lui, ses figures parentales, d’attachement ou environnementales proche).
Si Narcisse se regarde dans son reflet, disons qu’il cherche à se connaitre, à se découvrir, se construire. Une quête d’identité à travers son propre regard.
Deux autres formes de narcissisme se distinguent : un narcissisme déficitaire, marqué par une estime de soi très fragile, le sentiment profond de l’état de victime, et un narcissisme grandiose, basculant dans l’hypervalorisation de soi.
Des caractéristiques observables : la non disposition à ressentir de l’empathie, ou même percevoir ce que l’autre éprouve. La relation à l’autre est inexistante et instrumentale. Ils se côtoient et ne se rencontrent pas.
Une personne présentant des traits narcissique grandiose fréquentera peu les cabinets de thérapie, persuadée que le problème réside chez autrui. Si elles franchissent le pas, c’est qu’une menace d’effondrement venant de leur environnement (rupture, perte de soutien, de repères) les plonge dans une déstabilisation et une désorientation affective, non par une réelle volonté de se remettre en question. Dès qu’elles retrouvent une forme de stabilité ou de contrôle, la thérapie est abandonnée.
Chaque être humain a besoin d’être aimé, reconnu, respecté, choyé dans son enfance, protégé, sécurisé, Dans le cycle de développement de l’enfant et de l’adulte qu’il deviendra, cette phase de constitution du narcissisme est d’une importance fondamentale (vitale).
Le narcissisme sain renvoie à la manière dont une personne s’estime et se valorise elle-même. Cette estime de soi lui lui sert de socle affectif, lui permettant de maintenir son équilibre intérieur, notamment face à des situations de stress, d’angoisse ou d’anxiété. Selon l’intensité, la régulation affective pourra s’effectuer plus sereinement.
L’approche thérapeutique : adresser dans l’ici-et-maintenant de la relation, en travaillant sur la dynamique contact/environnement, cette frontière où se jouent les interactions entre la personne et son monde.
L’exploration du chronogramme (ou chemin de vie) quelle est l’histoire développementale de la personne : milieux d’appartenance, événements marquants, schémas relationnels précoces.
Développer et cultiver un narcissisme sain, comme accompagner la croissance d’une plante, un processus dynamique, l’estime de soi s’enracine, évolue à travers les expériences. On ne nait pas narcissique ; on le devient
Notes : source, psychopathologie, éditions Deboeck, carrefour des psychothérapies),
OYA Formation, Tous narcissiques, quelques bases de psychopathologie
Chanson Guy Béart & Jeanne Moreau : Parlez moi de moi…
Les métamorphoses d’Ovide