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Histoire de la Gestalt & son contexte

Gestalt est un mot allemand sans équivalent dans les autres langues. Gestalten signifie mettre en forme, donner une structure signifiante.

 La Gestalt est née d’une rencontre dont le terreau fertile seront des intuitions de Fréderick Perls, psychanalyste juif d’origine allemande émigré aux Etats Unis à l’âge de 53 ans. L’idée émergeante de la Gestalt peut se situer vers 1942 en Afrique du Sud, avec un acte de naissance New yorkais en 1951.

La Gestalt, au delà de la psychothérapie se présente comme une véritable philosophie existentielle, un art de vivre, une manière particulière de concevoir les rapports de l’être au monde. 

La créativité de Perls et de ses collaborateurs, son épouse Laura et Paul Goodmann notamment a été d’assembler plusieurs fils de courants philosophiques, méthodologiques et thérapeutiques européens, américains et orientaux, constituant une nouvelle approche dont le tout est autre chose que la somme des parties. 

La Gestalt est à l’embranchement de la psychanalyse, des thérapies psychocorporelles d’inspiration reichienne, du psychodrame, du rêve éveillé, des groupes de rencontre, des approches phénoménologique et existentielle, du pragmatisme et des philosophies orientales. 

Elle met l’accent sur la prise de conscience de l’expérience actuelle (vécue là ici et maintenant), incorporant la résurgence éventuelle d’un vécu ancien et réhabilitant le ressenti émotionnel et corporel. 

La Gestalt développe la perspective de l’être humain regardé sous l’angle de son interaction avec le monde sous 5 dimensions (comme une étoile à 5 branches) : Physique, affective, rationnelle, sociale et spirituelle. Ces 5 dimensions s’articulant et s’influençant en permanence. 

Une manière de regarder comment s’équilibre la vie, l’existence de la personne au moyen de cette « radioscopie gestaltiste ». Quels sont les pôles « carencés » ou au contraire trop développés ; ou encore (et c’est ce que nous pouvons espérer de mieux) : tout est équilibré …

DimensionDéfinitionExemple d’interaction avec les autres dimensions
PhysiqueCorps, sensations, santé, énergieUne tension musculaire (physique) peut révéler un stress relationnel (social) ou une émotion refoulée (affectif).
AffectiveÉmotions, sentiments, humeursUne tristesse (affectif) peut être liée à un besoin non exprimé (spirituel) ou à un conflit évité (social).
RationnellePensées, croyances, raisonnementsUne croyance limitante (rationnel) peut influencer les relations (social) et le bien-être physique.
SocialeRelations, interactions, appartenanceUn conflit social peut générer des émotions (affectif) et des symptômes physiques.
SpirituelleSens, valeurs, connexion à soi/au mondeUn manque de sens (spirituel) peut affecter l’humeur (affectif) et les choix de vie (rationnel).

La Gestalt favorise le contact authentique avec soi-même et avec les autres, un ajustement créateur de l’organisme (la personne) et son environnement (les autres), ainsi qu’une prise de conscience des mécanismes intérieurs poussant à des conduites répétitives. Elle met en relief les processus de blocage ou d’interruption de contact dans le cycle normal de satisfaction des besoins et démasque les évitements, les peurs et  inhibitions ainsi que les illusions. 

La Gestalt intègre et combine de manière créative et innovante un ensemble de techniques variées, verbales et non verbales, telle que : travail sur l’énergie, la respiration, le corps ou la voix, expression de l’émotion, travail à partir des rêves, dessin, modelage, musique, danse….

Avec elle, il s’agit de comprendre les comportements et les sentiments (le comment cela se passe pour la personne), favoriser la prise de conscience, davantage qu’interpréter ou analyser. C’est une nouvelle voie qui se différencie de la psychanalyse et du comportementalisme : comprendre et apprendre de l’expérience, d’expérimenter,  et élargir par là même le champ vécu, « déboulonner » les conditionnements historiques et retrouver une plage de liberté et de choix. 

– les racines de l’arbre généalogique de la GT

Des racines dont une dominante : la phénoménologie (Husserl, Heidegger) les autres étant l’existentialisme, la Gestalt psychologie, la psychanalyse, le pragmatisme,  les philosophies orientales (le zen) et le courant humaniste, où la GT se place principalement aujourd’hui. 

Remettons nous dans le contexte, il s’agit d’une pensée européenne et particulièrement germanique. Un environnement de psychiatres, écrivains, artistes, juifs allemands et autrichiens,  le détail a son importance. nous sommes dans les année pré-1945

— la psychanalyse : F. Perls fait 4 psychanalyses successivement. Il exerce en parallèle, tout comme son épouse, Laura (psychologue). 

La séparation d’avec S. Freud porte sur un désaccord des étapes de développement de l’enfant, il fait une analogie avec la nourriture, qui serait digérée et assimilée et non pas avalée et incorporée (corps étranger) comme une introjection. 

Le désaccord vient également du mot agressivité et du sens qu’il lui donne, il parle de saine agressivité, c’est à dire être en puissance d’aller chercher dans l’environnement de quoi satisfaire ses besoins correctement et sainement, principalement vitaux. En Gestalt, il y a une distinction très claire entre agressivité et violence :
L’agressivité est considérée comme une énergie vitale, une force de contact et d’affirmation de soi nécessaire à la croissance et à l’ajustement créateur.
La violence, en revanche, est une rupture du contact, une destruction de l’autre ou de soi, souvent liée à une interruption du cycle de satisfaction des besoins

— La phénoménologie : c’est une façon de penser que la Gestalt intègre : Il importe davantage de décrire que d’expliquer : le comment précède le pourquoi. L’essentiel est le vécu immédiat, tel qu’il est perçu ou ressenti corporellement, voire imaginé, ainsi que le processus en train de se dérouler ici et maintenant. En Gestalt ce qui est retenu de la phénoménologie est que le présent de la situation est le lieu où émergent les gestalts inachevées, à explorer en époké, c’est à dire en suspension de jugement, sans interprétations. C’est de la phénoménologie clinique. 

— L’existentialisme : c’est une philosophie. La primauté du vécu concret par rapports aux principes abstraits. Tout ce qui se rapporte à la manière dont la personne vit son existence, la compréhension de soi pour vivre, exister, sans se poser des questions théoriques. C’est un vécu spontané, non savant (la réflexion est là pour agir). 

De l’existentialisme se détachent 5 axes : La responsabilité, la solitude, l’imperfection, la quête de sens. L’idée de la condition humaine avec ces 5 contraintes existentielles centrales, en s’y confrontant et en élaborant comment elles peuvent être mobilisatrices. Chaque individu, au cours de son existence se retrouve confronté à ces contraintes de la vie (existentielles, appartenant à l’existence).

Ci dessous, par nature de contrainte existentielle, le sens donné en GT accompagné d’exemples de vécus, chacun peut s’en inspirer et s’approprier ses propres situations et les illustrer à la lumière de la contrainte. 

Contrainte existentielle Sens en GestaltExemples de vécus
La finitude (la mort, l’impermanence)La conscience que tout est limité : le temps, les relations, le corps, la vie• Ressentir une urgence à dire ce qui compte après une maladie – Peur de perdre un proche – Difficulté à accepter le vieillissement
La solitude existentielleNul ne peut vivre à la place de l’autre : chaque expérience est fondamentalement singulière• Se sentir seul même entouré – Avoir l’impression que personne ne comprend vraiment ce que l’on vit – Devoir faire un choix important sans pouvoir le déléguer
La responsabilité (la liberté de choisir)Nous sommes auteurs de nos choix, même quand nous tentons de les éviter• Rester dans une relation insatisfaisante « par habitude » –  Accuser les autres de décisions que l’on a acceptées – Angoisse face à un changement de vie
Le sens (ou son absence) Le monde ne fournit pas un sens tout fait : chacun le crée• Se demander « à quoi bon » dans le travail – Crise existentielle après un succès matériel – Recherche de cohérence intérieure

L’imperfection

La perfection n’existe pas, 

• Limite constitutive de l’être humain. sa vulnérabilité, son incomplétude
La perfection n’existant pas, la quête de perfection peut devenir tyrannique 

Voilà presque l’essentiel de la Gestalt contemporaine, 

Pour terminer sur un contexte historique, Fritz Perls (1893-1970) nait dans une famille juive à Berlin. il s’est engagé comme infirmier en 1915 et les horreurs de la guerre le marquent profondément. Ayant dû stopper ses études pour ces évènements de guerre mondiale, il les reprendra pour devenir neuropsychiatre à 27 ans (1920). 

Berlin est une ville foisonnante d’idées et il rejoint le mouvement Bauhaus où il rencontre des artistes, écrivains, philosophes. 

La montée du nationalisme lui impose de quitter l’Allemagne, il fait un court séjour en Hollande pour aller s’installer professionnellement à Johannesburg en Amérique du sud où il fonde un institut de psychanalyse, la clientèle afflue. Avec son épouse il fait évoluer la psychanalyse vers l’importance de l’oralité du développement de l’enfant. 

La GT s’élabore pas à pas et la publication d’un des premiers ouvrage « Gestalt thérapie » nait en 1951. En 1952, l’institut de New York ouvre ses portes, suivi par celui de Cleveland. 

La GT s’exporte à Paris dans les années 70 avec le couple d’Anne & Serge Ginger.

Extrait des notes de formation – 1re année
Parcours de formation en Gestalt-thérapie à l’IFFP – Institut Français de Formation Psychocorporelle, Paris